L’épître(ries) - Février 2025
L’anecdote du mois
Quand le réel et le fictif entrent en collision
Au printemps 2021, alors que j’écrivais une nouvelle contemporaine pour un appel à textes (ne cherchez pas, elle n’a pas été retenue), un de mes personnages, fan de métal, effectuait des gestes d’une grande douceur, dans sa voiture, tout en écoutant la chanson “Kammthaar” du groupe Ultra Vomit. Je trouvais amusant le contraste que cela instaurait entre l’ambiance sonore et l’attitude du personnage.
Quelques semaines plus tard, j’apprenais qu’Ultra Vomit avait joué en privé à l’Élysée devant Macron.
Mon contraste amusant devenait soudain politique, dans un texte qui n’avait pas du tout vocation à l’être.
À l’époque, j’ai trouvé quelque peu fâcheuse cette collision imprévue entre le réel et le fictif. Puis j’ai choisi un autre groupe et une autre chanson pour ma nouvelle, et j’ai pu tourner la page.
Mais parfois, la collision est d’une autre nature. Même si elle est peut-être davantage prévisible…
Quand j’ai eu l’idée, à l’été 2023, de mon roman en cours d’écriture, dans lequel des États massacrent des réfugiés par millions, la grande majorité de la classe politique et le système médiatique occidentaux n’avaient pas encore invoqué le “droit d’Israël à se défendre” pour justifier, entre autres horreurs, des bombardements d’hôpitaux et d’écoles.
Quand j’ai eu l’idée, à l’été 2023, de mon roman en cours d’écriture, dans lequel les médias, main dans la main avec le pouvoir, promeuvent des politiques ouvertement fascistes, le numéro deux du gouvernement américain n’avait pas encore effectué de double salut nazi sur les écrans du monde entier, et un grand nombre de journalistes, de politiques et de personnalités publiques n’avaient pas encore tenté de minimiser l’ignominie et la portée de ce geste en parlant d’excès d’enthousiasme, d’autisme, ou de manière maladroite d’exprimer son amour et d’envoyer son cœur à la foule.
Je pensais écrire une dystopie.
Désormais, j’ai l’impression d’écrire une version édulcorée de ce qui devient chaque jour davantage notre terrible réalité.
Alors aujourd’hui, je n’ai plus de mot pour qualifier ce que je ressens. Juste une nausée qui ne me quitte plus.
Mon journal de bord d’écriture
Cercueil et préjugés
J’ai reçu lundi après-midi les corrections orthotypographiques de mon roman, que je dois valider et renvoyer d’ici demain matin. J’ai cravaché toute la semaine pour tenir les délais, car l’éditrice me demande (normal, c’est le sérieux de sa maison qui est en jeu si elle publie des livres bourrés de fautes) de justifier chaque correction que je refuserai… et il y en a un certain nombre.
Je n’ai pas le temps aujourd’hui de détailler davantage dans cette newsletter, mais je peux d’ores et déjà vous annoncer que cela fera l’objet d’une prochaine anecdote d’écriture. Et sans doute aussi d’un article de blog, car oui, il y a matière à raconter pas mal de choses au sujet des maisons d’édition et des corrections orthotypographiques en général. 😬
Un mensonge sans conséquence
Mon agente a envoyé mon roman un peu avant les fêtes de fin d’année à une première courte liste de maisons d’éditions, et elle m’a déjà fait part de deux premiers retours. C’est fou comme les délais sont rapides par rapport à ceux qu’on connaît quand on soumet en direct !
Le texte a donc essuyé deux premiers refus, mais un autre avantage du passage par une agente, c’est qu’ils sont argumentés :
- l’éditrice des Presses de la Cité a été “séduite par mon écriture”, a lu le roman en entier (et pour moi, ces deux premiers éléments sont déjà un motif de me réjouir !), mais ne se positionne pas sur le texte car il lui a “manqué la tension qui parcourt les page-turners” ;
- l’éditrice des éditions Charleston a quant à elle “trouvé l’écriture plutôt fluide et agréable”, mais c’est le caractère “un peu déjà vu” de l’histoire qui a motivé son refus (ce qui ne m’étonne pas, au sens où, en écrivant ce roman, j’ai davantage misé sur les personnages que sur l’originalité de l’intrigue, qui reste somme toute une comédie romantique assez classique et conforme aux codes du genre – ce qui ne correspond en effet pas à ce que Charleston recherche en ce moment).
45,93 grammes
Je continue à avancer sur le premier jet de ce nouveau roman. À ce jour, j’ai atteint environ un tiers de la longueur que je vise. Mais je vise parfois complètement à côté de la plaque, alors ça ne veut pas dire grand chose…
L’écriture est laborieuse, parce que contrairement à mes deux romans précédents, ce n’est pas du tout une comédie. La thématique est même très sombre : je parle de xénophobie décomplexée, d’influence des médias et (un peu) de changement climatique. Alors certes, à hauteur de personnages, mais quand même : cela reste plombant pour mon humeur, car quand j’écris un roman, j’y pense quasiment H24.
Ce n’est pas un nouveau projet. J’ai le pitch en tête depuis l’été 2023, parce que la montée des idées d’extrême-droite partout dans le monde, et en France en particulier, m’atterre profondément et que depuis 2020 ou 2021, je vois avec effarement de plus en plus de gens autour de moi se laisser séduire et demeurer hermétiques aux arguments factuels : on est vraiment en plein dans l’ère de la post-vérité, où le réel n’importe plus. J’ai mis plusieurs fois l’écriture en pause : ce que je pensais être cathartique s’avère surtout douloureux, cela résonne beaucoup trop avec l’actualité. Mais cette fois-ci, je voudrais vraiment essayer d’aller au bout.
Or, figurez-vous que j’ai vu passer l’annonce d’un nouveau concours sur Fyctia. Un concours dont la thématique colle parfaitement à mon texte. Mes deux précédents romans ont été écrits à l’occasion de concours sur cette plateforme, alors si j’étais superstitieuse, je pourrais presque y voir un signe.
Bref, je me suis dit que pour me motiver à ne pas le mettre en pause une fois de plus, j’allais inscrire mon roman à ce concours. Alors si vous avez envie de lire le début, au fil de l’écriture, ce sera possible dès demain lundi en fin d’après-midi, en suivant ce lien. Vous pouvez même me laisser des petits commentaires sous les chapitres si vous voulez m’encourager !
Voici le pitch :
Chloé était étudiante quand sa vie a basculé. Un traumatisme crânien l’a privée d’une partie de ses souvenirs. Il s’agissait d’une agression, sa mère en est persuadée. Les suspects sont d’ailleurs tout désignés : car les médias le répètent sans cesse, les millions de clandestins qui se pressent aux frontières sont violents, tout comme les rares régularisés autorisés à pénétrer sur le territoire national.
Chloé, elle, n’a aucune certitude. Elle a tout oublié, alors comment savoir ? Elle n’aspire qu’à une chose : se reconstruire. Mais l’obstination de sa mère à la couper du monde pour la protéger l’étouffe davantage qu’elle ne l’aide, et sa xénophobie la dégoûte. Pour la jeune fille, les clandestins, contraints de fuir des zones de la planète rendues inhabitables par le changement climatique, sont avant tout des êtres humains. Aussi, quand elle fait la connaissance d’Issiaka, un régularisé avec qui elle se découvre des goûts communs, c’est comme une bouffée d’air pur qui s’invite dans son existence.
Jusqu’à ce que sa mère apprenne qu’elle a sympathisé avec lui… Et que sa vie bascule une seconde fois.
L’actu de mes publications… et salons !
Festins imaginaires
Je vous le disais le mois dernier, je serai présente au salon Imagina’livres à Portet-sur-Garonne, à côté de Toulouse, le samedi 5 avril, tout la journée. (Si ma voiture, dont le moteur m’a lâchée en décembre, est réparée d’ici là. Rendez-vous est pris chez le garagiste pour fin février, je croise les doigts pour qu’une nouvelle tuile ne me tombe pas dessus. Heureusement que je vais travailler à vélo et que mes enfants vont au collège en bus, parce que les délais, comment dire… 😅)
La petite info supplémentaire, et je peux désormais vous en parler puisque l’annonce officielle a été faite (dans une superbe vidéo !), c’est que ma nouvelle Mésaventures vitaminées a été sélectionnée pour figurer dans l’anthologie Festins imaginaires qui sera présentée lors du salon.
Après mes sélections en 2023 et 2024 pour les anthologies Sorcellerie végétale et Explorations insolites, c’est avec plaisir que je retrouve l’équipe de l’Imagin’arium pour ce nouvel opus, qui s’annonce de toute beauté : l’association fête en effet la 10e édition de son salon et, pour l’occasion, l’anthologie sera publiée dans un format relié et jaspé, en tirage limité. J’ai hâte de pouvoir admirer ce bel objet livre ! 🥰
Une ou deux autres bonnes nouvelles à venir
J’aurai une autre bonne nouvelle à vous communiquer bientôt, mais je ne peux pas en dire davantage pour le moment. Et peut-être un autre salon en vue, mais j’attends encore que la maison d’édition me confirme si sa candidature a ou non été retenue par l’équipe organisatrice : croisez les doigts avec moi ! 🤞
Quoi de neuf sur le blog ?
Lire ou écrire, faut-il choisir ?
Bon, en réalité, la question porte plutôt sur le fait de donner son avis sur ses lectures que sur la lecture elle-même. Et cela faisait quelque temps que je me la posais. En étant de moins en moins à l’aise sur le sujet.
Il paraît que le mois de janvier est une période propice aux bonnes résolutions, alors voilà : j’ai décidé de ne plus chroniquer mes lectures, ou en tout cas, pas toutes. Je continuerai sûrement pour celles que j’aurai le plus appréciées.
Et l’explication est un peu trop longue pour cette newsletter, alors je l’ai postée sur le blog :